Les plumes…

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C’est sur la lettre D qu’Aspho nous a demandé de composer cette semaine. Les mots étaient donc: Dentifrice, délicatesse, deux, débrouillard, désirer, danse, danger, diplodocus, dentier, désordre, décalquer, drastique, douceur, dédain, désormais, dentelle, dromadaire, don, dédale, déballage, doryphore, drôle, départ, disque, déclin, distiller.

Contrairement à ce que j’aurais cru à première vue j’ai réussie à caser Doryphore, diplodocus et dromadaire! Par contre j’ai laissé  décalqué et débrouillard.

Semaine impaire

Le diplodocus avait succombé aux coups du dromadaire entre le dentifrice et le verre à dent.  Tom les avait laissés tels quels après sa toilette du matin. Je pris les drôles d’animaux en plastique dans mes mains et réprimait un sanglot. Je ne m’habituerais jamais à cette situation. Désormais c’était une semaine sur deux. Décision du juge.  A chaque départ j’avais l’impression qu’on m’amputait  de la meilleure partie de moi-même.

Ce petit bonhomme distillait en moi une joie, un amour incroyable. Il avait le don de me rendre le sourire malgré les moments difficiles.

Je quittais la salle de bain et fis le tour de l’appartement panier à la main afin de ramasser pêle mêle tous les jouets, disques, dentier de vampire « qui fait peur ». Je gommais toutes traces de son passage, son désordre. Cette solution drastique en choquait plus d’un. Ils me regardaient avec dédain, sans douceur. Ces soi-disant amis bien pensant qui ne désiraient pas comprendre mon désespoir, qui préféraient me juger. Mais ce n’était pas pour l’effacer lui que je faisais cela simplement je n’arrivais pas à rentrer chez moi quand je risquais de tomber sur ses jeux. C’était trop douloureux. De plus j’adorais le moment du déballage, à son retour. Il était émerveillé de retrouver ses voitures, ses cubes comme s’il s’agissait de nouveautés.

Une fois tout cela rangé je me préparais pour le travail. Professeur de danse. La délicatesse, la maîtrise des gestes,  les efforts constant à fournir me permettaient de rester ancrée dans la réalité, de  ne pas sombrer dans ces dédales d’idées noires qui m’assaillaient nuit et jour « l’autre semaine ».

Le danger était de croire qu’il ne reviendrait pas, qu’il préférait son père. Lorsque notre couple était sur le déclin c’est ce que me disait Franck. Comment, alors qu’au début tout n’était que roses et dentelles, nous avions pu en arriver là ?

Avant de claquer la porte sur mon appartement vide je me regardais dans le miroir. Je ne ressemblais plus à la jeune femme insouciante et gaie que j’étais. Je serrais très fort mon trousseau de clés. Un doryphore en plastique que Tom et Franck m’avaient confectionnée pour mon anniversaire dans une autre vie. C’était devenu mon gri-gri.

Voilà une nouvelle semaine impaire commençait.

LisaRenaultPhotographie-ConanLeo-1

Photo http://www.monbebecheri.com/photo-de-famille-moderne/

43 réflexions au sujet de « Les plumes… »

  1. Ping : LES PLUMES 26 – LES TEXTES EN D ! | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  2. Tu as écrit là un très joli texte, vivant et plein d’émotion. On ressent bien la détresse de cette mère après le départ de son enfant et son angoisse à l’idée d’entamer « une semaine impaire »… Tu n’es pourtant pas tombée dans le larmoyant, au contraire, grâce à l’évocation des bons moments, des souvenirs qui aident à tenir bon. J’ai beaucoup aimé…

  3. Très beau texte sur la séparation. Je ferai comme la maman je rangerai tout pour ne plus rien voir car cela fait trop mal et après quelle joie de le voir redécouvrir ces jouets.
    Bravo pour ce beau moment de lecture.
    Bon week-end

  4. Très émouvant, cette maman qui lutte contre son désarroi, à sa manière. Je me suis glissée facilement dans son personnage; bien que n’ayant jamais vécu cette difficile situation.

  5. Un magnifique texte qui m’a beaucoup touchée. Je suis tout à fait rentrée dans ton histoire, cette maman perdue après le départ de son enfant, un quotidien pour tellement de familles.
    Bravo, j’ai beaucoup aimé.
    Très bonne soirée, des bisous.
    Lylou

  6. superbe simplicité pour transcrire la déchirure. Là il s’agit des jouets du petit garçon… au mariage de ma fille, elle a déménagé à l’autre bout de la France et ma seule ressource pour passer ce cap-là : ranger toutes les photos d’elle dans un carton… 6 mois avant de pouvoir en regarder une à nouveau ! ce texte est magnifique, émotions si fortes et criantes de vérité.

    • Quand je suis partie de chez mes parents ma mère ne pouvait plus entrer dans ma chambre sans pleurer pendant des mois. Merci pour ton commentaire qui me fait plaisir.

  7. J’aime beaucoup ton texte, c’est très beau, on sent un véritable déchirement dans les gestes de cette mère, mais tout est neutre, on ne verse pas la larme, on à le coeur serré… J’aime beaucoup cette façon de narrer. Et la dernière phrase donne vraiment tout le charme au texte.

  8. Superbe!!! Je ne connais pas la séparation dans le couple, mais comme beaucoup je l’ai frôlée de près et souvent mes enfants ont été la raison qui me faisait dire qu’il fallait s’accrocher ….pour eux!!! Je dirais que j’ai eu de la chance que je n’étais pas seule à penser de cette façon ainsi nous avons pu préserver nos enfants!!!
    Pas facile ces moments de séparation!!!
    Bisous Marie!!!
    Domi.

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