La poésie du jeudi

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C’est avec plaisir que nous retrouvons notre rendez-vous du jeudi chez Aspho ❤ Même si elle est en pause je continue le rendez-vous. 

PRINTEMPS EN VILLE

Le printemps submerge la ville
D’oiseaux qu’il lance sur les toits.
Partout des visages tranquilles
Fleurissent les carreaux étroits.

Le vert a envahi les parcs
Où les platanes font la roue.
Les statues ont bandé leur arc
Et mettent les passants en joue.

Vous aurez bientot des lilas
Où vous cachez, les amoureux,
Et les bancs qui sont près de là,

Surpris par l’éclat de vos voix,
N’écoutent plus les vieux
Que l’hiver retenait chez eux.

Maurice Carême. Du ciel dans l’eau

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La poésie du jeudi

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C’est avec plaisir que nous retrouvons notre rendez-vous du jeudi chez Aspho ❤

Dans un petit bateau

Dans un petit bateau
Une petite dame
Un petit matelot
Tient les petites rames

Ils s’en vont voyager
Sur un ruisseau tranquille
Sous un ciel passager
Et dormir dans une île

C’est aujourd’hui Dimanche
Il fait bon s’amuser
Se tenir par la hanche
Échanger des baisers

C’est ça la belle vie
Dimanche au bord de l’eau
Heureux ceux qui envient
Le petit matelot.

Robert Desnos. Destinée arbitraire.
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La pluie

La pluie fine a mouillé toutes choses, très doucement, et en
silence. Il pleut encore un peu. Je vais sortir sous les arbres.
Pieds nus, pour ne pas tacher mes chaussures.

La pluie au printemps est délicieuse. Les branches chargées
de fleurs mouillées ont un parfum qui m’étourdit. On voit briller
au soleil la peau délicate des écorces.

Hélas ! que de fleurs sur la terre ! Ayez pitié des fleurs
tombées. Il ne faut pas les balayer et les mêler dans la boue ;
mais les conserver aux abeilles.

Les scarabées et les limaces traversent le chemin entre les
flaques d’eau ; je ne veux pas marcher sur eux, ni effrayer ce
lézard doré qui s’étire et cligne des paupières.

Pierre Louys.Oeuvres

La poésie du jeudi

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Les trois Pâques de l’année

À la première Pâque il fleurie des lilas
La terre est toute verte oublieuse d’hiver
Tout le ciel est dans l’herbe et se voit à l’envers
À la première Pâque

À la Pâque d’été j’ai perdu mon latin
Il fait si bon dormir dans l’abri d’or des meules
Quand le jour brûle bien la paille des éteules
À la Pâque d’été

À la Pâque d’hiver il soufflait un grand vent
Ouvrez ouvrez la porte à ces enfants de glace
Mais les feux sont éteints où vous prendriez place
À la Pâque d’hiver.

Trois Pâques ont passé revient le Nouvel An
C’est à chacun son tour cueillir les perce-neige
L’orgue tourne aux chevaux la chanson du manège
Trois Pâques ont passé

Revient le Nouvel An qui porte un tablier
Comme un grand champ semé de neuves violettes
Et la feuille verdit sur la forêt squelette
Revient le Nouvel An.

Saisons de mon pays variables saisons
Qu’est-ce que cela fait si ce n’est plus moi-même
Qui sur les murs écris le nom de ce que j’aime
Saisons de mon pays
Saisons belles saisons.

Louis Aragon

La poésie du jeudi

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Renouveau

Le printemps maladif a chassé tristement

L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,

Et, dans mon être à qui le sang morne préside

L’impuissance s’étire en un long bâillement.

Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne

Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau

Et triste, j’erre après un rêve vague et beau,

Par les champs où la sève immense se pavane.

Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,

Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,

Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

J’attends en m’abîmant que mon ennui s’élève…

– Cependant l’Azur rit sur la haie et l’éveil

De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.

Stéphane Mallarmé, Poésies

La poésie du jeudi

 

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Premier sourire du printemps

Tandis qu’à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d’or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
Il dit :  » Printemps, tu peux venir ! « 

Théophile GAUTIER

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La brise vagabonde

La brise vagabonde

A caressé les fleurs.

Je t’écoute de tout mon cœur,

Chant du premier matin du monde.

Ivresse matinale,

Rayons naissants, pétales

Tout poissés de liqueur…

Cède sans trop attendre

Au conseil le plus tendre

Et laisse l’avenir

Doucement t’envahir.

Voici que se fait si furtive

La tiède caresse du jour

Que l’âme la plus craintive

S’abandonnerait à l’amour.

André Gide, Les nouvelles nourritures

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 Sous la cendre d’hiver

Toute allégresse a son défaut
Et se brise elle-même.
Si vous voulez que je vous aime ;
Ne riez pas trop haut.

C’est à voix basse qu’on enchante
Sous la cendre d’hiver
Ce coeur, pareil au feu couvert,
Qui se consume et chante.

Paul-Jean Toulet, Rimes et contrerimes

La poésie du jeudi

 

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C’est avec plaisir que nous retrouvons notre rendez-vous du jeudi chez Aspho

L’hiver pointe enfin le bout de son nez. Le voici qui nous pique, qui nous mord, mais qui amène avec lui son lot de souvenir. Sabine Sicaud nous emmène dans son sillage sur les traces ne nos amis du Nord. Elle y évoque Selma Lagerlöf , une auteure que j’aime beaucoup.

Chemins du Nord.

Lorsque « je pâlissais au nom de Vancouver »
et que j’étais du Nord
trop de froid traversait ma pelisse d’hiver
et mon bonnet de bêtes mortes.
Mes frères chassaient les oursons
jusqu’au fond des grottes de fées ;
du sang parlait sous leurs trophées,
les Tomtes se cachaient, le vent hurlait aux portes
et la glace barrait les fjords
lorsque j’étais du Nord.
Murs blancs du froid, prison.
Je ne voyais jamais passer Nils Holgerson.Selma, Selma, pourquoi m’aviez-vous oubliée ?
Il fallait naître à Morbacka, le jour de Pâques.
Je savais bien pourtant que j’étais conviée…

Sabine SICAUD, Les poèmes de Sabine Sicaud, Paris, Stock, 1958

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Neige  sur Amsterdam

Regardez ,la neige tombe ! Oh ,il faut que je sorte  !

Amsterdam endormie dans la nuit blanche,

Les canaux de Jade sombre sous les petits ponts neigeux,

les rues désertes ,mes pas étouffés,

Ce sera la pureté ,fugitive, avant la boue de demain ,

Voyez les énormes flocons qui s’ébouriffent contre les vitres.

Ce sont les colombes ,sûrement .

Elles se décident enfin à descendre ,ces chéries,

Elles couvrent les eaux et les toits d’une épaisse couche de plumes,

elles palpitent à toutes les fenêtres .

Quelle invasion !

Espérons qu’elles apportent la bonne nouvelle .

                                Albert Camus, La chute

Sucre d'Orge

La poésie du jeudi

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C’est avec plaisir que nous retrouvons notre rendez-vous du jeudi chez Aspho

Le mois mouillé

Par les vitres grises de la lavanderie,
J’ai vu tomber la, nuit d’automne que voilà…
Quelqu’un marche le long des fossés pleins de pluie…
Voyageur, voyageur de jadis, qui t’en vas,
A l’heure où les bergers descendent des montagnes,
Hâte-toi. – Les foyers sont éteints où tu vas,
Closes les portes au pays que tu regagnes…
La grande route est vide et le bruit des luzernes
Vient de si loin qu’il ferait peur… Dépêche-toi :
Les vieilles carrioles ont soufflé leurs lanternes…
C’est l’automne : elle s’est assise et dort de froid
Sur la chaise de paille au fond de la cuisine…
L’automne chante dans les sarments morts des vignes…
C’est le moment où les cadavres introuvés,
Les blancs noyés, flottant, songeurs, entre deux ondes,
Saisis eux-mêmes aux premiers froids soulevés,
Descendent s’abriter dans les vases profondes.

Henry BATAILLE (1872-1922)

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La poésie du jeudi

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C’est avec plaisir que nous retrouvons notre rendez-vous du jeudi chez Aspho

Choses du soir.

Le brouillard est froid, la bruyère est grise ;
Les troupeaux de boeufs vont aux abreuvoirs ;
La lune, sortant des nuages noirs,
Semble une clarté qui vient par surprise.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Le voyageur marche et la lande est brune ;
Une ombre est derrière, une ombre est devant ;
Blancheur au couchant, lueur au levant ;
Ici crépuscule, et là clair de lune.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

La sorcière assise allonge sa lippe ;
L’araignée accroche au toit son filet ;
Le lutin reluit dans le feu follet
Comme un pistil d’or dans une tulipe.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

On voit sur la mer des chasse-marées ;
Le naufrage guette un mât frissonnant ;
Le vent dit : demain ! l’eau dit : maintenant !
Les voix qu’on entend sont désespérées.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Le coche qui va d’Avranche à Fougère
Fait claquer son fouet comme un vif éclair ;
Voici le moment où flottent dans l’air
Tous ces bruits confus que l’ombre exagère.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Dans les bois profonds brillent des flambées ;
Un vieux cimetière est sur un sommet ;
Où Dieu trouve-t-il tout ce noir qu’il met
Dans les coeurs brisés et les nuits tombées ?

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Des flaques d’argent tremblent sur les sables ;
L’orfraie est au bord des talus crayeux ;
Le pâtre, à travers le vent, suit des yeux
Le vol monstrueux et vague des diables.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Un panache gris sort des cheminées ;
Le bûcheron passe avec son fardeau ;
On entend, parmi le bruit des cours d’eau,
Des frémissements de branches traînées.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

La faim fait rêver les grands loups moroses ;
La rivière court, le nuage fuit ;
Derrière la vitre où la lampe luit,
Les petits enfants ont des têtes roses.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

                                              Victor Hugo

In L’art d’être grand-père.

La poésie du jeudi

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Aujourd’hui c’est un poème de René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907)

Pluie

Il pleut. J’entends le bruit égal des eaux ;
Le feuillage, humble et que nul vent ne berce,
Se penche et brille en pleurant sous l’averse ;
Le deuil de l’air afflige les oiseaux.

La bourbe monte et trouble la fontaine,
Et le sentier montre à nu ses cailloux.
Le sable fume, embaume et devient roux ;
L’onde à grands flots le sillonne et l’entraîne.

Tout l’horizon n’est qu’un blême rideau ;
La vitre tinte et ruisselle de gouttes ;
Sur le pavé sonore et bleu des routes
Il saute et luit des étincelles d’eau.

Le long d’un mur, un chien morne à leur piste,
Trottent, mouillés, de grands boeufs en retard ;
La terre est boue et le ciel est brouillard ;
L’homme s’ennuie : oh ! que la pluie est triste !

René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907)

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La poésie du jeudi

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Un très beau rendez-vous proposé par Asphodèle: tous les quinze jours , partager un poème. Aujourd’hui, nous vous proposons un poème écrit en 1942 de Paul Eluard, poète engagé dans la Résistance, une ode à la liberté face à l’occupation nazie de la France durant la Seconde Guerre Mondiale.

 

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard, Au rendez-vous allemand, 1945, Les Editions de Minuit

La poésie du jeudi

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Un très beau rendez-vous proposé par Asphodèle: tous les quinze jours , partager un poème. Aujourd’hui, nous vous proposons une méditation la condition humaine face à la nature et plus particulièrement sur la renaissance avec « Après l’hiver » de Victor Hugo.

APRÈS L’HIVER

Tout revit, ma bien aimée !
Le ciel gris perd sa pâleur ;
Quand la terre est embaumée,
Le coeur de l’homme est meilleur.

En haut, d’où l’amour ruisselle,
En bas, où meurt la douleur,
La même immense étincelle
Allume l’astre et la fleur.

L’hiver fuit, saison d’alarmes,
Noir avril mystérieux
Où l’âpre sève des larmes
Coule, et du coeur monte aux yeux.

O douce désuétude
De souffrir et de pleurer !
Veux-tu, dans la solitude,
Nous mettre à nous adorer ?

La branche au soleil se dore
Et penche, pour l’abriter,
Ses boutons qui vont éclore
Sur l’oiseau qui va chanter.

L’aurore où nous nous aimâmes
Semble renaître à nos yeux ;
Et mai sourit dans nos âmes
Comme il sourit dans les cieux.

On entend rire, on voit luire
Tous les êtres tour à tour,
La nuit les astres bruire,
Et les abeilles le jour.

Et partout nos regards lisent,
Et, dans l’herbe et dans les nids,
De petites voix nous disent :
« Les aimants sont les bénis ! »

L’air enivre ; tu reposes
A mon cou tes bras vainqueurs.
Sur les rosiers que de roses !
Que de soupirs dans nos coeurs !

Comme l’aube, tu me charmes ;
Ta bouche et tes yeux chéris
Ont, quand tu pleures, ses larmes,
Et ses perles quand tu ris.

La nature, soeur jumelle
D’Eve et d’Adam et du jour,
Nous aime, nous berce et mêle
Son mystère à notre amour.

Il Suffit que tu paraisses
Pour que le ciel, t’adorant,
Te contemple ; et, nos caresses,
Toute l’ombre nous les rend !

Clartés et parfums nous-mêmes,
Nous baignons nos coeurs heureux
Dans les effluves suprêmes
Des éléments amoureux.

Et, sans qu’un souci t’oppresse,
Sans que ce soit mon tourment,
J’ai l’étoile pour maîtresse ;
Le soleil est ton amant ;

Et nous donnons notre fièvre
Aux fleurs où nous appuyons
Nos bouches, et notre lèvre
Sent le baiser des rayons.

Victor HUGO, Les contemplations